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14 Mars 2016 – « Je deviens la prison » – Paroles du dedans – Théâtre de Belleville

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Le 14 mars 2016, dès 19 heures, au Théâtre de Belleville, Paris 11ème arrondissement, j’ai assisté à une représentation théâtrale mettant en scène la parole des détenus recueillie, à la maison d’arrêt d’Osny, par Olivier Brunhes, durant l’automne 2014.

A raison d’une fois par semaine, il se rendait dans cette prison pour écrire avec une dizaine de détenus.

Il partageait leurs pensées.

Puis durant l’automne 2015, il retournait à la maison d’arrêt dans l’intention de mettre en scène ce texte avec les détenus, mais évidemment avec d’autres détenus que ceux qui ont participé à la genèse de la création puisqu’en prison, « l’avenir se limite à quelques semaines de visibilité« .

« La prison est le lieu des histoires, de toutes les histoires. Lorsqu’on est enfermé, on raconte, on se la raconte, il n’y a rien d’autre à faire. On commence par balancer des lieux communs, par parader avec les mots – la langue de bois carcérale en vaut d’autres – et puis, au détour de l’invention, une lumière voit le jour« .

« Dans le monde carcéral, l’espace libérateur, solitaire, est lié à la nuit. Dans le silence de la nuit, pointe le rêve qu’abolit les murs. L’échappée belle, sous un faisceau puissant de lune, libère les corps et les esprits. L’enfermement convoque l’infini. »

Les répétitions avaient lieu dans le bloc socio-culturel de la prison, les jeudis, avec la troupe dénommée L’art Eclair et composée d’une comédienne, un musicien, un scénographe, une danseuse. Les détenus étaient assidus, passionnés.

Ce spectacle artistique s’est déjà joué en dehors de la prison avec les détenus, autorisés à sortir de prison pour jouer ce spectacle en public, ce qui est inédit et sera en tournée à partir de septembre 2016.

J’étais très curieuse et impatiente à la fois de m’y rendre et d’y comparer ma pratique du monde carcéral en ma qualité d’auxiliaire de justice..

Mes impressions dès l’issue de la pièce n’étaient pas mitigées.

J’ai été conquise. La scène ressemble à une cour de promenade. Les personnages y sont présents tous en même temps. Les couleurs de l’eux vêtements sont sombres. 

Un musicien donne le rythme à la pièce en jouant avec sa contre-basse.

Une danseuse vêtue de rouge nous emmène dans l’âme des détenus..Elle peut être mouvementée, ce qui donne naissance à des chorégraphies assez dynamiques.

Chaque personnage intervient de façon organisée. Les uns à la suite des autres. Ils nous dévoilent leur passé. Mais on ne connaîtra à aucun moment les raisons qui les ont conduit en détention, ce qui évite le parti pris.

Un fou exprime son enfance durant laquelle il a tout brûlé pour finalement brûler sa vie.

Un caïd qui doit maintenir sa place de leader au sein de la prison. Il ne peut y avoir deux coqs en prison.

Un révolté qui subit sa détention. Il ne l’assume absolument pas et se crée par conséquent des problématiques qui lui sont propres.

« Je deviens la prison » est la phrase qui m’a le plus marquée dans cette pièce.

Cela fait écho avec mon quotidien.

Et puis, une femme, en plein milieu de la scène, au début discrète, s’impose au fur et à mesure de la représentation.

C’est la femme du parloir, incarnée par Severine Vincent. Elle exprime toutes les difficultés qu’elle rencontre pour visiter son mari incarcéré. Chaque porte qu’elle doit franchir avec des regards pesants du personnel de l’administration pénitentiaire. Les espoirs de chaque instant.

L’on regrettera cependant la présence d’un maton.

Mais l’on apprécie la justesse de la transcription de la réalité carcérale.

Quelques clichés de l’évènement :

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