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4 octobre 2019 / Le Parisien / Seine-Saint-Denis : la Bentley, le flic ripou et les escrocs

C’est une histoire d’escroquerie abracadabrantesque qu’a examinée ce jeudi le tribunal de Bobigny. Au cœur de l’intrigue, une Bentley décapotable, un modèle de 2007 acquis en 2014 pour 33 000 € par Sidi B.

Après l’avoir remise à neuf, ce carrossier d’Epinay comptait bien en tirer 83 000 € à la revente. Un premier client se présente, accompagné de son cousin. L’affaire est conclue. L’argent doit suivre très rapidement.

Mais le lendemain, le cousin sonne chez le carrossier. Il ne lui tend pas un chèque, mais une convocation au commissariat de Bobigny. Il laisse entendre que la décapotable serait au cœur d’une affaire criminelle.

Le véhicule retrouvé chez un loueur dans l’est de la France
Ils se rendent ensemble à l’hôtel de police où ils sont reçus par Xavier, brigadier-chef. Celui-ci leur confirme : le véhicule serait impliqué dans un trafic de faux papiers. Le policier indique qu’il va immobiliser le véhicule sur le champ.

Le lendemain, le garagiste retourne au commissariat. « Mon véhicule n’y était plus », raconte la victime au tribunal. Le brigadier-chef lui apprend qu’elle doit « servir d’appât dans une enquête judiciaire ». La voiture est en fait passée entre les mains du cousin, avec la bénédiction du policier.

Le carrossier patiente et six mois plus tard… « Stupeur. Je vois ma voiture sur le site d’un loueur situé dans l’est de la France », poursuit-il. Il dépose plainte et l’IGPN (inspection générale de la police nationale) est saisie pour examiner de plus près le cas de ce fonctionnaire de police, 15 ans de service.

LIRE AUSSI > Les escrocs au leasing ont laissé une ardoise d’1,3 million d’euros

Ce jeudi, le policier était jugé au côté de l’un des escrocs. Les deux autres complices sont en fuite. Le policier assume tout : la fausse convocation, l’immobilisation judiciaire sans fondement de la voiture, les consultations illégales de fichiers.

« J’ai fait l’énorme bêtise de rentrer dans ce scénario, confesse-t-il. J’étais au 36e dessous. Je me suis fait manipuler ». En effet, les escrocs avaient réussi à lui faire croire que le garagiste était l’arnaqueur et eux, les acheteurs floués. Le policier indique avoir été sous l’influence de « Gros Jeff », père de l’acheteur défaillant de la décapotable. On apprend au passage qu’il s’agit aussi d’un indic de la police. « On est en plein roman ! », lâche le président Charles Moscara.

Gros Jeff n’est pas là pour en dire plus. « Il est mort », révéleront les témoins de l’affaire. Les magistrats s’étonnent de constater comment un policier a pu « obéir au doigt et à l’œil » de personnages douteux. « J’ai toujours été gentil et con. Je voulais quitter la police », glisse l’intéressé.

Rôle-clé ou «pigeon de l’affaire» ?
« Ça a été le gros pigeon de l’affaire », résume Me Sandrine Pegand, son avocate. Depuis, il a été révoqué de la police en 2018 et est réceptionniste dans un petit hôtel.

Par Nathalie Revenu
Le 4 octobre 2019 à 16h59, modifié le 4 octobre 2019 à 22h08
C’est une histoire d’escroquerie abracadabrantesque qu’a examinée ce jeudi le tribunal de Bobigny. Au cœur de l’intrigue, une Bentley décapotable, un modèle de 2007 acquis en 2014 pour 33 000 € par Sidi B.

Après l’avoir remise à neuf, ce carrossier d’Epinay comptait bien en tirer 83 000 € à la revente. Un premier client se présente, accompagné de son cousin. L’affaire est conclue. L’argent doit suivre très rapidement.

Mais le lendemain, le cousin sonne chez le carrossier. Il ne lui tend pas un chèque, mais une convocation au commissariat de Bobigny. Il laisse entendre que la décapotable serait au cœur d’une affaire criminelle.

Le véhicule retrouvé chez un loueur dans l’est de la France
Ils se rendent ensemble à l’hôtel de police où ils sont reçus par Xavier, brigadier-chef. Celui-ci leur confirme : le véhicule serait impliqué dans un trafic de faux papiers. Le policier indique qu’il va immobiliser le véhicule sur le champ.

Le lendemain, le garagiste retourne au commissariat. « Mon véhicule n’y était plus », raconte la victime au tribunal. Le brigadier-chef lui apprend qu’elle doit « servir d’appât dans une enquête judiciaire ». La voiture est en fait passée entre les mains du cousin, avec la bénédiction du policier.

Le carrossier patiente et six mois plus tard… « Stupeur. Je vois ma voiture sur le site d’un loueur situé dans l’est de la France », poursuit-il. Il dépose plainte et l’IGPN (inspection générale de la police nationale) est saisie pour examiner de plus près le cas de ce fonctionnaire de police, 15 ans de service.

LIRE AUSSI > Les escrocs au leasing ont laissé une ardoise d’1,3 million d’euros

Ce jeudi, le policier était jugé au côté de l’un des escrocs. Les deux autres complices sont en fuite. Le policier assume tout : la fausse convocation, l’immobilisation judiciaire sans fondement de la voiture, les consultations illégales de fichiers.

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« J’ai fait l’énorme bêtise de rentrer dans ce scénario, confesse-t-il. J’étais au 36e dessous. Je me suis fait manipuler ». En effet, les escrocs avaient réussi à lui faire croire que le garagiste était l’arnaqueur et eux, les acheteurs floués. Le policier indique avoir été sous l’influence de « Gros Jeff », père de l’acheteur défaillant de la décapotable. On apprend au passage qu’il s’agit aussi d’un indic de la police. « On est en plein roman ! », lâche le président Charles Moscara.

Gros Jeff n’est pas là pour en dire plus. « Il est mort », révéleront les témoins de l’affaire. Les magistrats s’étonnent de constater comment un policier a pu « obéir au doigt et à l’œil » de personnages douteux. « J’ai toujours été gentil et con. Je voulais quitter la police », glisse l’intéressé.

Rôle-clé ou «pigeon de l’affaire» ?
« Ça a été le gros pigeon de l’affaire », résume Me Sandrine Pegand, son avocate. Depuis, il a été révoqué de la police en 2018 et est réceptionniste dans un petit hôtel.

« Je n’allais pas bien à l’époque. Je me retrouvais seul à élever ma fille. Si seulement ma hiérarchie m’avait écouté, je n’aurais pas cédé à tout cela », se justifie l’ex-fonctionnaire.

Le procureur Loïc Pageot estime plutôt que le policier a joué un rôle clé : « Sans son intervention, l’escroquerie ne pouvait pas se commettre. Sa responsabilité est d’autant plus grave car il s’agit d’une personne dépositaire de l’autorité publique ».

Le propriétaire n’a jamais revu sa voiture
Le garagiste n’a plus revu la couleur de la voiture de luxe devenue propriété d’une société automobile, ni son argent. « En plus j’ai été menacé et j’ai dû déménager », se lamente l’infortuné.

Pour le ministère public, les quatre prévenus « sont tous sur un pied d’égalité ». Il a requis pour les deux commanditaires un an de prison ferme, et pour le cousin, 9 mois ferme. Il réclame pour le policier 9 mois, dont six mois avec sursis et interdiction de tout emploi dans la fonction publique.

L’affaire a été mise en délibéré, pour le 14 novembre.

Par Nathalie Revenu

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