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Braquage d’une bijouterie à Méru : Ma mission judiciaire du 21 avril 2017

Désignée le 20 avril 2017, le lendemain d’un braquage d’une bijouterie à Méru sur Oise. Les proches du gardé à vue m’indiquent qu’un article de presse est publié à ce sujet.

Une vidéo prise par un passant au moment des faits est même en ligne.

Sans désemparer, je prends alors attache avec le gendarme enquêteur pour recueillir toutes les informations nécessaires.

J’apprends alors que l’audience de comparution immédiate se tiendra le lendemain.

J’appelle immédiatement Monsieur le Procureur VINCENTINI du Tribunal de Grande Instance de Beauvais. Il me précise que mon client sera déferré par devant lui le 21 avril dès 11h.

Je reçois alors la famille du gardé à vue dans mon Cabinet le 20 avril à 18h. Ils m’expliquent la situation de leur fils, de leur frère.

Le soir même, je réfléchis déjà à ma stratégie de défense mais je suis un peu démunie vu que je n’ai pas encore eu accès au dossier.

Le 21 avril, dès le réveil, je sais que je vais partir au combat. Ma tâche ne va pas être facile car mon client a, certes reconnu les faits, mais il n’a pas un casier judiciaire vierge et il y a de nombreuses victimes qui entendent se constituer partie civile à l’audience.

J’arrive à 10h45 au TGI devant le bureau du Procureur. Je m’entretiens avec lui avant son audience. J’accède au dossier. Je le consulte dans une petite salle dédiée à cela mais où se côtoient tous les avocats saisis pour d’autres affaires et il n’y a qu’une table, une seule copie de procédure.

Alors, je fais au mieux, puis je vais voir mon client dans le couloir, qui attend de rencontrer l’enquêteur social.

Puis, 11h30, nous sommes conviés dans le bureau du Procureur pour que soit notifié à mon client qu’il sera jugé en comparution immédiate le jour même dès 14h.

A la sortie, lui et moi monopolisons la salle de consultation en mode privé. Nous élaborons notre défense.

Mon Confrère, en charge des intérêts du comparse de mon client, arrive. Nous échangeons sur la procédure et nous nous rendons compte que les violences volontaires sur personne dépositaire de l’autorité publique ne sont pas caractérisées. Nous exploitons en profondeur cette piste.

Bingo ! La rédaction du procès-verbal d’interpellation par les gendarmes est contradictoire. Nous en tirerons toutes les conséquences lors du débat sur le fond. Mais nous savons déjà que nous gagnerons la relaxe sur ce chef de prévention.

L’audience de jugement débute à 14h30. Le Conseil des gendarmes est en retard; retenu à une audience disciplinaire au sein du centre pénitentiaire de Beauvais. Dans cette attente, le Tribunal examine un dossier de récidive de conduite sous stupéfiants et sans permis d’un autre prévenu.

Le dossier est rapide. Il est 15h15. Notre affaire est appelée.

Les deux prévenus rentrent dans le box. La famille et les amis de mon client sont tous présents dans la salle d’audience. Ils comptent sur moi pour sauver l’un des leurs.

Madame le Président fait un rapport complet de l’enquête de flagrance; pose les bonnes questions.

Les gendarmes sont appelés à la barre pour déposer et donner leur version. Ils seront mis à mal lors de la lecture de leur PV.

Les parties civiles plaident : pour les 2 salariées et la cliente de la bijouterie, il est demandé la somme de 2.000 euros pour chacune à titre de préjudice moral. Pour les deux gendarmes qui auront passé l’après-midi en audience au lieu d’être sur le terrain, leur Avocat demandera la somme de 1.000 euros pour chacun pour réparer leur préjudice moral aussi.

Le Procureur de la République requière.

Il réclame une peine lourde pour les deux prévenus dans le box : 3 ans dont 18 mois avec un sursis mise à l’épreuve de 2 ans.

Vient le tour des plaidoiries de La Défense. J’aime bien conclure. Alors ce sera au tour de mon Confrère de plaider au soutien des intérêts de son client.

Il plaide fort bien et est très explicite.

Je me prépare car je sens que sa plaidoirie est sur le point de se terminer.

Je vais plaider et j’ai la pression car j’ai tous les amis de mon client dans la salle, sa mère qui est apeurée  du sort qui sera réservé à son fils.

La Présidente me donne la parole. Je me lève. Je me dis dans mon for intérieur que les seuls combats perdus d’avance sont ceux que l’on refuse de livrer. Ceux qui me connaissent bien savent que c’est l’une de mes devises à laquelle je tiens le plus.

Je déploie mes arguments pendant environ 20 Minutes. J’attaque les réquisitions du Parquet, je m’en prends aux gendarmes qui ont exagéré la situation pour se faire passer pour des victimes de violences volontaires et arrondir leur fin de mois.

Les salariées et cliente de la bijouterie ne seront pas épargnées elles aussi. J’entends leur peine, leurs craintes. D’autant plus qu’hier soir, sur l’avenue des Champs Elysées, à Paris, un policer est tué par un assaillant, un terroriste, lâchement. Deux autres policiers sont blessés. Les Forces de l’Ordre sont une nouvelle fois la cible.

Mais je ne veux pas que l’on instrumentalise ce drame. Je ne veux pas que nos clients prennent aussi cher que ce qui est requis. Ce sont des gamins qui ont commis un larcin, sans arme à feu, sans violences physiques, sans menaces de mort.

Ils étaient là juste pour voler.

Le vrai n’est pas forcément vraisemblable !!!! Mais c’est pourtant la réalité, la vérité.

Je me rassois.

La parole est donné en dernier aux prévenus. Ils présentent leurs excuses aux victimes et regrettent les faits.

Le Tribunal se retire pendant plus de 30 minutes.

Pendant ce temps, avec mon Confrère de La Défense, nous nous rendons dans la salle des détenus pour leur expliquer les peines requises.

Puis nous allons voir la famille et proches de chacun de nos clients. Ils nous félicitent pour nos plaidoiries.

La sonnette retentit. Il faut retourner au prétoire. La décision va être rendue. Il est 18h15.

Ce sera 18 mois dont 6 mois avec un sursis mise à l’épreuve de 2 ans.

Nous avons réduit les réquisitions de Monsieur le Parquetier de la moitié.

On nous appelle les magiciens. Ma mission est accomplie. Mon week-end peut commencer.

Je rentre chez moi et je reçois cet article où il est toujours flatteur d’y voir son nom cité.

Merci au journaliste du Parisien, présent à l’audience.

Lien de l’article ci-dessous:

Le parisien

http://www.leparisien.fr/meru-60110/un-an-ferme-pour-les-deux-braqueurs-de-meru-21-04-2017-6875544.php

Article également paru dans le courrier Picard:

20090811-SOMME1-01.pdf

http://www.courrier-picard.fr/25441/article/2017-04-21/un-ferme-pour-le-braquage-de-meru

 

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